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APERÇU NATURALISTE

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CotatuéroLa valeur patrimoniale du domaine naturel des cirques et canyons du Mont-Perdu tient à la conjonction favorable d'éléments exceptionnels relevant de la géologie, de la climatologie et de la biologie. Sa richesse paysagère relève d'abord d'une disposition géologique particulière, qui autorise l'observation des grandioses nappes de chevauchement formées lors de la surrection pyrénéenne. Ces nappes ont déterminé l'existence d'un relief situé en position dominante dans la partie médiane des Pyrénées, lequel relief joue un grand rôle dans le contrôle des régimes climatiques.

L'orographie ainsi établie détermine des aires distinctes qui sont clairement caractérisées par l'affrontement entre les influences climatiques atlantiques au nord et à l'ouest, et les influences méditerranéennes au sud-est.

La distribution des milieux, celle des espèces vivantes, l'essentiel de l'activité biologique, sont réglées par le jeu de ces influences. Ainsi ce domaine est-il parfaitement représentatif d'un tissu d'actions et de réactions entre le monde minéral, l'atmosphère, la biosphère, ... et l'homme, qui ont construit la montagne pyrénéenne.

canyon d'OrdesaCar l'orographie et le climat ont effectivement favorisé au fil des temps les communications et les solides traditions d'échange établies entre les collectivités humaines voisines des deux versants. Toutefois, si la mise en altitude est ancienne et remonte à l'ère tertiaire, nous devons observer que ce sont de spectaculaires formes en creux issues de "retouches" d'érosion quaternaire et particulières aux calcaires -les cirques et les canyons- qui retiennent le mieux l'attention du visiteur. "L'immense poème géologique" pressenti par Franz Schrader procède donc de deux épisodes distincts dans le temps, une lente édification suivie d'une active érosion.

Le peuplement animal et végétal issu de l'histoire oro-climatique des cirques et canyons est exceptionnellement riche. La flore des Pyrénées compte 3.500 espèces dont 5% sont des endémiques, c'est à dire propres à la chaîne; proportion remarquable et probablement plus élevée ici si l'on se rapporte à la dimension du site. Ces espèces profitent de la nature favorable des terrains calcaires.

Prenons l'exemple du canyon d'Añisclo, qui est un espace de vie (un "biotope") tout à fait original et privilégié, en quelque sorte un monde quasi-isolé. Il abrite en particulier comme endémiques: la ramonde des Pyrénées, le muflier toujours vert, et la grassette à feuilles allongées, espèce strictement cantonnée à ce canyon. Ses escarpements les plus sauvages, proches de prairies et de steppes arbustives, sont l'abri du gypaète-barbu et d'autres espèces rares.

Beaucoup d'autres milieux, très différents, comme les espaces forestiers disposés en étages et en séries de végétation, longtemps abri des bouquetins, le domaine supraforestier aux strates herbacées, les falaises, les steppes éventées, les éboulis, les milieux extrêmes recèlent un cortège végétal et animal en admirable adéquation aux conditions rigoureuses propres à la montagne, ici montagne calcaire aux multiples incidences météorologiques. Citons l'exemple des plantes endémiques, en colonies accrochées depuis des siècles à des pentes d'éboulis instables, comme la vesce argentée et la dioscorée des Pyrénées, ou celui du lézard pyrénéen, endémique qui réside en toute saison dans les lapiaz au dessus de 2.000 m.

Le milieu des eaux douces lui-même révèle l'inattendu: une espèce jusqu'alors inconnue, découverte il y a peu d'années (1993) par les spécialistes espagnols, à savoir Rana Pyrenaica, Grenouille rousse des Pyrénées, ainsi que Triturus asper et Triturus helveticus.

tres serolsAu bout du compte, les facteurs ayant déterminé les caractères de ce milieu participent à un ensemble ordonné, mettant à profit un canevas issu de l'évolution géologique. Cette circonstance a suscité dans toute la gamme des disciplines naturalistes des travaux scientifiques propres au domaine montagnard considéré, travaux dont les résultats reposent sur une somme exceptionnelle de faits d'observation, obtenus à la faveur des dispositions institutionnelles de protection des milieux, judicieusement traités par la recherche scientifique, et dont la qualité doit être fortement soulignée.

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Association MPPM - Mont-Perdu Patrimoine Mondial
Aperçu naturaliste - Professeur Michel Clin - 10/02/2010